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Harcèlement au collège Lacaussade : "C'est 50 nuances de Grey à Salazie"

Le principal du collége de Salazie était bien seul à sa sortie du tribunal ce vendredi
Calme et posé, pantalon ajusté et chemise blanche soigneusement repassée, le principal du collège Lacaussade à Salazie a contesté un à un les nombreux faits reprochés par ses anciens collègues. "Je suis décrit ici comme un monstre, mais je n'en suis pas un. Toutes mes relations étaient consenties et je ne comprends pas comment cela a pu être pris autrement", déclare Jean-Leu Elnivent, 56 ans, à l'issue de son procès pour harcèlement moral et sexuel et pour agression sexuelle.

Deux versions se sont sans cesse opposées lors de cette longue audience. Malgré le nombre important de victimes et de plaignant(e)s, il faut bien reconnaitre que la plaidoirie de la défense a retourné le tribunal. Car avec la première femme qui a libéré sa parole, le quinquagénaire a entretenu une relation extra-conjugale pendant deux ans. Selon des témoignages lus au cours de l'audience, beaucoup au collège savait que ces deux-là avaient une liaison entre 2015 et 2017. Ils se retrouvaient au domicile de l'un ou de l'autre quand ce n'était pas à la cantine ou dans la cour de l'établissement.
 

 

Une instrumentalisation de la justice de la part de l'Académie

"C'est 50 nuances de Grey (une romance érotique adaptée au cinéma) dans le cirque de Salazie", tonne  Me Iqbal Akhoun en défense. Pour le conseil, il s'agit de la vengeance d'une femme qui espérait plus et a été éconduite. La suite, "une instrumentalisation de la justice" de la part de Francis Fonderflick, le secrétaire général de l'Académie de La Réunion.

Pour le reste, la robe noire a défendu son client à qui "on fait la morale" parce qu'effectivement il multipliait les relations, visionnait des films porno et possédait un fouet retrouvé à son domicile lors d'une perquisition. "Le tribunal n'est pas le gardien de l'ordre moral, je vous rappelle que Dominique Strauss Khan a été relaxé dans une affaire de proxénétisme aggravé".

"Un principal ça ouvre des cuisses"

Jean-Leu Elnivent ne serait donc qu'un simple coureur de jupons aux techniques de drague "lourdes" qui aurait profité de sa position de dirigeant pour multiplier les conquêtes ? "Un principal ça ouvre pas des portes mais des cuisses", a-t-il déclaré quelques temps après sa prise de poste à Salazie en 2011. Ces propos largement déplacés, conjugués à des comportements identiques envers ses collègues féminines, avaient déclenché une enquête par l'Académie, en 2013. Classée sans suite, elle concernait également un problème récurent d'alcoolisation du chef d'établissement.
 

 

Environ trois fois par semaine, des soirées étaient organisées à son domicile. Au cours de l'une d'elles et devant témoin, Jean-Leu Elnivent aurait empoigné les seins d'une assistante éducative de 21 ans qu'il venait d'embaucher. Par crainte de perdre son travail, la jeune femme avait gardé le silence jusqu'à ce que l'affaire explose.

Au fil des témoignages recueillis au cours de l'enquête démarrée en 2018, il est apparu que le principal se rapprochait systématiquement des personnes en situation de vulnérabilité professionnelle ou personnelle. Pourtant, visiblement dénué d'empathie, le quinquagénaire se rapprochait d'elles avant de leur faire des avances qui devenaient de plus en plus insistantes au fil du temps. De la drague pour l'intéressé, du harcèlement sexuel pour les proies. 

Et lorsque le numéro un de Lacaussade était éconduit, les relations professionnelles se dégradaient. La pose d'un cadre, une gestion matinée d'autorité pour le prévenu, du harcèlement moral pour les victimes.
 

 

Qui croire ?

Alors qui croire ? Les neufs plaignants (huit femmes et un homme) ou l'ancien candidat aux municipales de 2014 ? Les nombreux témoignages recueillis au cours de l'instruction du dossier qui décrivent explicitement le mode opératoire d'un prédateur sexuel ou la théorie selon laquelle il y aurait une concertation entre toutes les victimes ?

C'est désormais à la justice d'en décider.

Le représentant de la société, Antoine Tur, a requis deux ans d'emprisonnement, dont un avec sursis probatoire, une obligation de soins, de travail et d'indemnisation des victimes qui ont au total réclamé 25.000 euros de dommages et intérêts auxquels il faut ajouter près de 8.000 de frais d'avocat. Une peine aménageable sous surveillance électronique. Jean-Leu Elnivent a, par ailleurs, effectué cinq mois de détention provisoire après sa mise en examen. Il fait actuellement toujours partie de l'Education nationale qui devra statuer sur son sort en fonction de la décision du tribunal qui sera connue le 20 septembre prochain.
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