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Guerre en Ukraine : l'assistante de langue, témoin clé de jeunes réunionnais

La carte de l’Ukraine est projetée au tableau. Les marques rouges traduisent l’avancée des troupes russes. Un extrait d’un journal télévisé est ensuite diffusé aux cinq élèves, particulièrement attentifs. Le sujet évoque les pourparlers -ou « verhandlunger », rappelle le professeur- sur un hypothétique cessez-le-feu. Tout, dans ce cours d'histoire-géo (optionnel) de Terminale européenne, se fait en allemand.

Guerre en Ukraine : l'assistante de langue, témoin clé de jeunes réunionnais

Ortwin Ziemer Nochmal, professeur d’allemand du lycée Leconte de Lisle à Saint-Denis, aime bien lier l’actualité à ses cours. Alors quand il a su que Marina Maslova, son assistante de langue venue d’Allemagne était née dans une petite ville au sud de Kiev, de deux parents ukrainiens, il a saisi l’occasion. Un programme pour mieux comprendre les enjeux de cette guerre et poursuivre l'apprentissage de la langue, a été monté. Avec au coeur du sujet, le ressenti de l’étudiante de 25 ans, liée à ce pays en guerre malgré une enfance passée du côté de Kiel, dans le nord de l'Allemagne. 

 

"Je n'y croyais pas à cette guerre"

 

« Je n’y croyais pas à cette guerre », raconte la jeune femme, dont le stage de six mois à La Réunion vient de toucher à sa fin. Si elle se sent « plus Allemande », Marina Maslova, qui comprend mieux le russe que l’ukrainien, conserve des liens avec son pays d’origine. Petite, elle passait ses vacances  chez ses grands-parents paternels, basés dans l’Est du pays. De son dernier voyage, en 2013, dans ce « pays plus pauvre que l’Allemagne », elle en garde « un très bon souvenir. Les gens sont très gentils ». 

Mais ce sont surtout ses parents, ingénieur et laborantine de pharmacie, qui gardent des liens très étroits avec ce pays. Leur pays qu’ils ont quitté il y a plus de vingt ans, de peur que la catastrophe nucléaire de Tchernobyl ne vienne bousiller leur santé, eux qui résidaient alors au sud de Kiev. Marina Maslova avait deux ans. « C’est plus choquant pour ma famille que pour moi parce qu’ils ont des amis là-bas », estime d’ailleurs celle qui s’oriente vers le métier de professeure de français et de sport. En Allemagne, ses parents accueillent chez eux une mère et ses deux enfants qui ont fui l’horreur de la guerre.

 

"On le voit d'un aspect différent"

 

Alors, pouvoir échanger avec une personne liée indirectement au conflit, ici à La Réunion, est une opportunité saisie par les élèves. « On le voit d’un aspect différent, admet Naël. On peut avoir le point de vue de quelqu’un qui a des liens là-bas ». Parmi les questions posées à la Germano-Ukrainienne : « Qu’est-ce-que tu as ressenti quand la guerre s’est déclarée ? » « Un vrai choc », « de la tristesse » a répondu, en allemand, l’assistante de langue, qui s’est rendu compte du grand intérêt des Terminales. 

Guerre en Ukraine : l'assistante de langue, témoin clé de jeunes réunionnais

« Quand on regarde l’actualité, ce sont des infos brèves, on ne nous explique pas comment ça se passe vraiment alors que là, on nous donne les détails », apprécie Myria. « On n’a pas forcément le temps d’approfondir d’habitude alors que là, on voit précisément ce qu’il se passe, abonde son camarade Nail. On a un regard croisé. »

Un regard qui va se traduire à l’écrit. Leur interview de Marina dans le journal lycée doit paraître à la fin du mois. Surtout, ils vont déposer un dossier sur la plateforme numérique citoyenne de la Conférence sur l'avenir de l'Europe. Les élèves déclineront leurs propositions sur ce que l'Union européenne pourrait mettre en place afin d'aboutir à la paix. Un processus de démocratie participative, dont le but "est de rendre les élèves acteurs de leur apprentissage", conclut le professeur Ortwin Ziemer Nochmal. 

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