Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

VIDÉO/PHOTOS : Dans quelques années, on saura peut-être dire quand une éruption va se terminer

Depuis une semaine, le site de l’éruption du 22 décembre est le théâtre de manifestations spectaculaires : à intervalles régulier, le lac de lave contenu dans le cône éruptif déborde et de nombreuses résurgences de coulées de lave se produisent en aval du cône. L’observatoire volcanologique enregistre aussi de plus en plus de séismes depuis quelques jours. Explications.

Une sismicité inhabituelle


« Nous enregistrons depuis trois jours une hausse de l’activité sismique, note Philippe Kowalski, directeur adjoint de l’Observatoire volcanologique du piton de la Fournaise. Cela témoigne de changements au niveau du réservoir de magma, donc peut-être d’une évolution de l’éruption - dans un sens ou dans l’autre, on ne sait pas. »  
Les déformations de surface montrent toujours une déflation au niveau de la zone sommitale, liée à la vidange du réservoir de magma localisée sous le sommet (à environ 2-2,5 km de profondeur) alimentant le site éruptif. 33 séismes volcano-tectoniques, de faible magnitude, ont été enregistrés sous le sommet pour la journée de jeudi. Cette sismicité est liée à la vidange du réservoir de magma localisée sous le sommet, selon les scientifiques qui expliquent également que cela fait longtemps qu'on n'avait pas eu une éruption de longue durée (plus d'une semaine) sans inflation, c'est-à-dire sans recharge de magma  simultanée depuis les profondeurs. De fait, du magma sort sans arrivée de nouveau magma dans le réservoir et le vide qui commence à s'installer fragilise son toit.
Mais pourquoi cela semble-t-il un élément nouveau ?
« Quand on a du trémor [le signal qui témoigne de la vibration du conduit qui amène le magma en surface], les séismes sont plus compliqués à voir. Aujourd’hui, nous avons un outil qui permet de voir les séismes dans le trémor, que nous devions rater auparavant. On voit clairement par rapport au début de l’éruption - où il n’y en avait pas - qu’on commence à en avoir, de plus en plus. Qu’est-ce que cela signifie ? La chose évidente, ce sont des conditions différentes au niveau du réservoir de magma puisqu’ils sont localisés à cet endroit-là mais est-ce que c’est le début de la fin ou est-ce que c’est autre chose ? Peut-être dans quelques années serons-nous en mesure d’annoncer quand l’éruption va se terminer. »

 

L'éruption pourrait-elle prendre fin ?


Au cours des sept mois qui se sont écoulés depuis la dernière éruption (avril 2021), beaucoup de magma s'est accumulé dans le réservoir superficiel du piton de la Fournaise, comme en témoigne l'inflation (le gonflement) de l'édifice volcanique, suggérant la possibilité d'une éruption de longue durée. Mais de multiples éruptions ont pris fin en quelques minutes voire en quelques secondes depuis la création de l'observatoire volcanologique, par obstruction du conduit d'alimentation. Ce dernier est de dimension bien plus modeste qu'on ne le pense. Le diamètre du dyke qui se met en place lors de la crise sismique précédant une éruption dépasse rarement quelques dizaines de centimètres. Il permet un débit moyen de quelques mètres cubes de lave par seconde, avec des pics de l'ordre de 25mètres cubes par seconde. Ce diamètre atteint et dépasse parfois (rarement) un mètre lors d'éruptions d'une ampleur exceptionnelle comme celle d'avril 2007 au Tremblet (débit maximum de l'ordre de 200 mètres cubes par seconde). Un simple "bouchon", un effondrement peuvent donc fermer brutalement ce conduit plus ou moins irrémédiablement.

 

Pas de rapport entre débit et trémor éruptif


Les fluctuations dans l’amplitude du trémor éruptif observées depuis le début de l'éruption sont liées en partie au niveau du lac de lave qui varie en fonction du mode de dégazage, de  l’érosion du conduit  éruptif et des ouvertures sporadiques des  tunnels qui permettent une vidange du cône. Les ouvertures dans les tunnels génèrent une baisse de pression au niveau  du  cône et au sein des tunnels, et par conséquent une baisse de l’amplitude du trémor, qu'on peut définir comme la résonance de la circulation du magma/de la lave à l'aplomb du cône éruptif et dans les tunnels de lave.
Philippe Kowalski détaille : « Concernant les variations de trémor qu’on a longtemps associées à la vivacité de l’éruption, au débit, nous sommes maintenant convaincus que cela ne témoigne que des conditions de sortie du magma. Ce n’est pas parce que le trémor augmente qu’il y a plus de lave qui sort. Pour donner une image : en appuyant avec un doigt sur un tuyau d’arrosage, à débit constant, on va envoyer l’eau plus haut, donnant l’impression que ça sort plus fort, mais en réalité, non. »

 

Des débordements spectaculaires


Le directeur adjoint de l’observatoire poursuit  : « Ce qu’on a vu nettement, c’est la phase de construction du cône : dans les variations très rapides du trémor qu’on a eues pendant la première semaine ou les premiers dix jours de l’éruption, c’était clairement associé à la phase de construction du cône : au début, il n’est pas solide, le lac de lave monte dedans, des morceaux du cône s’effondrent… Pour nous, les variations du trémor, ce sont ces phases de reconstruction-démolition. Au bout d’un certain temps il y a tellement de retombées [les projections], le cône est devenu tellement gros, a une assise tellement solide, des murs tellement épais que cela ne bouge plus, c’est stable. On a un magnifique chaudron et après, ce qui va faire varier le trémor, ce sont les conditions qui évoluent, suivant comment la lave s’échappe du cône, le niveau du lac de lave va y monter ou descendre. Quant aux débordements, sont-il dus à une arrivée de lave plus importante ou aux tunnels de lave en aval qui se bouchent ?
« Du fait de l’absence de projections très importantes [comparativement au début de l’éruption], la construction du cône ne se poursuit plus beaucoup, si ce n’est les débordements qui continuent de le consolider. La montée du niveau du magma augmente la pression dans les tunnels de lave [entraînant une hausse du trémor], casse leur toit, et la baisse de la pression provoque une baisse du niveau du lac de lave [baisse du trémor]. Un toit va alors se reformer sur le tunnel de lave, qui va bloquer la résurgence et l’augmentation de la pression va faire remonter à nouveau le niveau du lac de lave dans le cône. C’est un cycle qu’on observe sur les images des caméras. »

 

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article